Fiche n°11 : Agriculture : emprise, activité, emplois

« Un lourd tribut pour l’agriculture » concluait la commission d’enquête publique de 2006 dans la procédure de déclaration d’utilité publique. Environ 2000 hectares de terres seraient enlevés à l’agriculture, dont 660 au démarrage ;  l’un des principaux bassins laitiers du département disparaitrait. On estime que la création d’un aéroport se traduirait dans les cinq ans par la perte de 500 à 700 emplois dans l’agriculture et les activités liées.


Du fait d’un droit de préemption de 1974 à 1988, lié à la création de la ZAD, le Conseil général de Loire-Atlantique a progressivement acheté 870 ha de terre, transférés pour l’euro symbolique à  AGO – Vinci en 2011. Dans cette même période, il n’y a pas eu d’abandon de terres, ni d’exploitations car depuis presque 50 ans, les paysans se sont battus pour chaque installation. Il y a aujourd’hui sur les communes concernées moins de friches qu’en moyenne dans le  département. Parmi les 1650 ha de la ZAD, on compte environ 1500 ha de terres agricoles.

Les terres concernées par le projet se trouvent sur quatre communes : Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Treillières et Vigneux de Bretagne.

Au démarrage, 660 ha[1]  seraient enlevés à l'agriculture :
-    112 ha agricoles sur les 200 ha du barreau routier
-    500 ha agricoles sur les 550 ha de la plateforme à 4,5 millions de passagers
-    50 ha agricoles (estimés) pour les détournements de voiries (trois départementales concernées)

Ensuite, 1290 ha[2]   supplémentaires seraient enlevés à l’agriculture ; les travaux suivants concernent 1430 ha :
-    120 ha pour le développement d’activités économiques aéroportuaires
-    110 ha pour agrandir la plate-forme pour 9 millions de passagers
-    1000 ha[3] pour une voie ferrée Nantes-NDL-Rennes
-    100 ha (estimés) emprise tram-train
-    100 ha (estimés) nouveau franchissement de Loire, s’il a lieu

Outre ses surfaces, il faut aussi ajouter les surfaces de compensation à mettre sous contrat environnemental, sur l’ensemble de la surface artificialisée finale pour le barreau routier et la plate-forme (962 ha[4] ). Leur superficie, avec un coefficient du double demandé par la loi sur l’eau, atteindrait près de 2000 ha.

A moyen et long terme, l'agriculture actuelle ne résisterait que très faiblement à trois pressions :
- La pression des aménageurs : zones d’activités, équipements… déborderaient de la ZAD. Les collectivités, CCI… apporteraient leur soutien, communiquant sur les emplois créés ici, occultant ceux perdus ailleurs.
- La pression démographique : les personnes travaillant près de l'aéroport chercheraient à se rapprocher de leur travail. Les collectivités seraient obligées de revoir les PLU. Les communes entre l’agglomération nantaise et Notre Dame des Landes ont déjà cette politique. Plus d'habitants c’est aussi plus d'équipements (sportifs, commerciaux, scolaires, etc.)
- La pression de la propriété foncière : pas apparente à première vue mais sans doute la plus forte. Les collectivités n'ont pas d'outils pour la contrôler ou du moins ne les utilisent pas. A Treillières par exemple, le m2 se négocie à 160 € quand il est à construire et à 0,16 € (prix vendu à Vinci) quand il est agricole. Tous les propriétaires, qu'ils soient propriétaires fonciers, agriculteurs, descendants de paysans, souhaitent que leur terrain devienne constructible. Aujourd'hui des propriétaires refusent de louer aux paysans et préfèrent laisser leur terre en friche ou la louer de façon précaire à des non-agriculteurs. Cette attitude serait amplifiée.
Au final, seules quelques exploitations réussiraient à se maintenir en s’adaptant à la nouvelle donne. Les terres restantes seraient exploitées par des industries agricoles… 
Un nouvel aéroport aggraverait des tendances déjà préoccupantes en Loire-Atlantique. Le département se caractérise par un fort étalement urbain mais une faible densité de ses espaces[5] . La perte équivaut à trois terrains de football par jour. « Si rien ne change, 18 000 ha supplémentaires consommés d’ici 20 ans » (Olivier Chupin, CG 44).
 
 
 
 
Conséquences sur l’activité agricole et l’emploi
 

La zone est l’un des deux principaux bassins laitiers du département
: 900 vaches allaitantes, 1700 vaches laitières, 80 exploitations dont 4 en bio, 11,5 millions de litres de lait. 183 000 euros de chiffre d’affaire en moyenne par exploitation (au dessus de la moyenne départementale). Des agriculteurs plutôt plus jeunes que la moyenne du département. Sur un territoire de bocage humide et de têtes de bassins versants, épargné par les remembrements et le recalibrage des cours d’eau  l’agriculture y est exemplaire pour son respect de l’environnement.
   
D’après l’état des lieux de 2003, 47 exploitations seraient touchées, de façon plus ou moins importante.
15 exploitations ne seraient plus viables, soit par emprise très importante sur leurs terres soit par destruction de leur  siège. Il n’y a pas de terres disponibles dans le département pour reloger les exploitations. Si avec l’argent de l’indemnisation,  certains  agriculteurs acquerraient une exploitation ailleurs, ce serait au détriment d’un autre agriculteur et donc au final il s’agirait bien de perte de terres et d’emplois agricoles.

30 emplois agricoles seraient supprimés directement
sur les 15 exploitations qui fermeraient, ce qui se traduiraient par la perte d’environ 165 autres emplois, en amont et en aval de la filière[6] . Soit une perte totale directe de près de 200 emplois.

Il est difficile d’estimer les pertes d’emploi à court terme sur les 32 autres exploitations concernées. Ces exploitations seraient fragilisées par la perturbation des circuits et réseaux d'entraide, entrainant un possible recul de l'élevage au profit des céréales (moins de valeur ajoutée et moins d'emplois) ; mais par ailleurs elles pourraient récupérer des parcelles des exploitations détruites.

A moyen terme, les trois pressions exposées ci-dessus entraîneraient de lourdes pertes d’emploi agricole.  On compte en 2010, 384 exploitations et 671 actifs agricoles sur les 10 communes concernées ou proches[7]. La création d’un aéroport accélèrerait la tendance actuelle à la diminution de l’emploi agricole (-10 % en Loire Atlantique de 2000 à 2005[8]). En prenant l’hypothèse que sur ces communes, le mouvement serait deux fois plus important, on aurait dans les cinq ans qui suivraient une perte de 20 % des emplois, soit 128[9] emplois agricoles perdus , en plus des 30 comptés précédemment.

On peut ainsi estimer les disparitions d’emploi agricole à environ 160 au bout de cinq ans[10]. A ces pertes, il faut ajouter celles de l’emploi indirect, ce qui aboutit à une estimation de 1000 emplois perdus au bout de cinq ans.

Une nouvelle voie ferrée Nantes-NDL-Rennes provoquerait en outre la perte de 20 emplois agricoles supplémentaires[11] (130 emplois au total).

Si l’on veut repérer l’effet « aéroport » strict et considérer que la poursuite au même rythme de l’urbanisation supprimerait des emplois agricoles même sans création de nouvel aéroport, on peut distinguer au bout de 5 ans :
-    l’effet urbanisation (sur le même rythme) : 435 emplois perdus
-    l’effet aéroport : 565 emplois perdus (près de 700 avec la nouvelle voie ferrée)
 
 
 
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[1] Les chiffres proviennent de la Chambre d'agriculture sauf quand il est mentionné "estimés"
[2] Sur 1500 ha de travaux annoncés, on applique le pourcentage de terres agricoles de l’ensemble de la ZAD (90 %)
[3] 100 km de voie ferrée Rennes-Nantes représenteraient une emprise de 1000 ha environ
[4] Source Enquête publique Loi sur l’eau
[5] http://www.loire-atlantique.fr/jcms/cg_101002/demographie
[6] Nous  comptons 5,5 emplois liés pour un emploi agricole, voir : http://www.chambres-agriculture.fr/grands-contextes/cles-de-lagriculture/ce-quil-faut-savoir/
[7] Casson, La Chapelle-sur-Erdre, Fay-de-Bretagne, Grandchamps-des-Fontaines, Héric, Nort-sur-Erdre, Notre-Dame-des-Landes, Sucé-sur-Erdre, Treillières, Vigneux-de-Bretagne.
[8] http://www.insee.fr/fr/insee_regions/pays-de-la-loire/themes/dossiers/dossierweb3/thema/exploitations.html
[9] 20 % de (671-30)
[10] 30 au démarrage puis 128 dans les cinq ans à suivre
[11] On compte un emploi pour 43 ha et le projet correspondrait à une emprise d’environ 1000 ha
 

 

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